Il était une fois les chasseurs de têtes

Hier soir en faisant quelques recherches sur la culture Batak, je suis tombée sur un truc qui m’a fascinée: un crâne sculpté. Je l’ai trouvé magnifique et j’ai eu envie d’en savoir plus. Au final, je ne suis pas partie si loin de ma recherche initiale, puisque quelques tribus / ethnies d’Indonésie sont connues pour être des chasseurs de tête. J’ai eu envie d’en savoir plus…

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Les films de cowboys ne sont pas les seuls à chasser des têtes

Avant hier, tu m’aurais parlé de chasseur de tête, j’aurais immédiatement pensé aux films américains, avec des hors la loi pourchassés, avec la consigne de les ramener morts ou vivants. Mais j’ai découvert un tout autre monde. Un monde pas si loin de moi (vu que j’écris ces quelques mots depuis l’île de Sumatra) et pas si loin de nous, chronologiquement parlant. Finalement, la culture populaire nous montre les chasseurs de tête, au sens, chasseur de fugitif. Ici, c’est un peu différent.

Chasser une tête n’est pas synonyme de cannibalisme

Si on ne s’arrête pas à l’image de l’américain qui en pourchasse un autre, on peut chercher un peu plus loin dans notre imaginaire collectif et penser aux tribus indigènes, qui chassent l’homme pour le bouffer. Il y a par exemple le dessin animé de Disney: Donald et les Pygmées cannibales. Ou encore, un peu plus vieux et toujours chez Disney: Cannibal Capers. On y voit un indigène faire de la musique avec des crânes comme des castagnettes sur un air du Carmen de Bizet.

Moins connu, il y a les films d’expéditions de la même époque que le Cannibal Capers qui montraient ces habitants du bout du monde. De la découverte et du sensationnel sous couvert d’ethnologie. Martin et Osa Johnson étaient des ethnologues et cinéastes. Alors que Robert Flaherty lui était réalisateur. C’est d’ailleurs lui qui a filmé avec W.S. Van Dyke pour la première fois la Polynésie Française en 1928 dans Ombres Blanches.

Ce qu’on peut remarquer, c’est surtout le côté « scientifique » de l’époque où l’on met en évidence les différences entre l’autre et nous. L’idée de cannibalisme est spectaculaire. Et puis le cinéaste qui revient d’une contrée cannibale passe pour un survivant quand même…

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Les traditions de chasses à la tête pas si bien connues

Donc quel intérêt de chasser un bonhomme si ce n’est pas pour le bouffer?
J’ai lu quelques documents pour essayer de répondre à cette question et mon constat après lecture, c’est que ce n’est pas tout à fait clair. Je ne suis pas la seule à le penser puisque plusieurs anthropologues soulignent le peu d’études faites à propos des trophées humains. La différence entre la chasse à l’homme classique et la chasse à la tête, c’est que dans cette deuxième activité on ramène la tête avec soi, un trophée. Ce dernier est une preuve que la chasse a été fructueuse. Il aura aussi d’autres utilités une fois ramené à la maison.
Pour certaines tribus, chasser la tête est un sacrifice qui amène la fertilité (Pas nécessairement celle de la bonne femme, mais plus la fertilité des sols, puisqu’avant d’être des chasseurs d’humains, certaines tribus sont agriculteurs). Les têtes étaient aussi des trophées, un peu comme la représentation de la force du buteur de tête. Après une expédition, les chasseurs étaient récompensés en femmes et en éloges par les anciens.
On sortait et exposait les têtes pour faire passer différents messages. Parfois les crânes étaient exposés pour montrer la richesse et la force de la maison. Ils pouvaient aussi symboliser la communauté. Parfois ils étaient utilisés pour des rites funéraires ou encore pour apaiser les esprits des victimes.
Sur l’île de Nias en Indonésie, la chasse à la tête est de l’ordre de l’asservissement, un type d’esclavage dans l’au-delà. La victime devient le serviteur de celui qui possède la tête.
Alors qu’en Europe on a tendance à mettre des cabanes à oiseaux sur les arbres, les Sumba (Indonésie) collectaient et accrochaient les crânes sur un arbre à crâne au centre du village jusqu’au début du XX° siècle.

La chasse à la tête comment ça se passe?

J’ai lu quelques récits en diagonales, la narration du voyage, je la trouve assez pompeuse. Mais voilà ce que j’ai compris: Un groupe d’hommes part dans la jungle avec des armes et sans nourriture. Ils se nourriront de plantes trouvées sur place. Ils partent à la chasse, trouvent un spot et attendent. Parfois c’est quelqu’un qui passait par là. Et les chasseurs de tête ne chassent pas que les hommes. Les vieux, les femmes, les enfants sont aussi des proies. Parfois ils tombent sur un bateau et font un carnage. Ils récupèrent les têtes et rentrent au village avec leur butin.

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Qui étaient ces chasseurs de tête en Asie?

Les Dayak (Indonésie)
Les Iban (Indonésie)
Les Batak (Indonésie) *
Les Suma (Indonésie)
Les tribus Murut, Ilongot, Igorot, Berawan, Wana, et Mappurondo
Les Naga (Inde et Myanmar)
Les Garosi, Khasis, Kukis, Mizo (Inde)

La « fin » de la chasse à la tête

Pour les Iban, le fait de revenir avec une tête s’est transformé à revenir avec des jarres chinoises anciennes à la fin du XIX°. Et maintenant, les diplômes deviennent le centre d’intérêt de la chasse. La force représentée par la tête qui a été chassée a glissé vers la force liée à l’argent. Etre diplômé, avoir un emploi, ramener de l’argent à sa famille. Un schéma qu’on connait bien. Comme quoi, le capitalisme fait son trou partout.
Dans d’autres cultures, la chasse à la tête s’est arrêté avec le colonialisme. On comprend le colon qui n’avait pas envie de servir de proie lors d’une promenade dans la jungle… Le colonialisme a donc fait passer des lois interdisant la chasse à l’homme, mais ce n’est pas la seule arme du colon pour changer ce qui ne lui plait pas. La religion est aussi une manière d’amener les tribus et ethnies à faire ce qu’on attend d’elle. On en conviendra facilement, un bon chrétien ne coupe pas des têtes pour le sport! (Le bon chrétien a coupé des têtes au nom de Dieu, mais ça la Bible n’en parle pas, ça c’est passé après!)

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Les chasseurs de tête à l’époque contemporaine ou pas loin

Même si je viens de parler de la fin de ce type de rituel, il y a quand même des exceptions à la règle. Par exemple, sur l’île de Nias (à l’ouest de Sumatra) le dernier signalement date de 1998 – pas si loin, n’est-ce pas?!
Un peu plus loin dans l’histoire, on a pu compter sur les américains, pendant la Seconde Guerre Mondiale au Japon pour décapité les opposants, ou encore, ces américains pendant la Guerre du Vietnam. Les anglais et les australiens pendant la Seconde Guerre Mondiale ont enrôlé des Dayac dans leur armée pour lutter contre les Japonais. (Un millier de chasseurs de têtes pour capturer 1500 jap)

Autres ressources si le sujet t’intéresse:
Les crânes gravés de Bornéo sur Détours des Mondes
Rencontre avec les Iban du Sarawak, anciens chasseurs de tête sur Philippe Pataud Célérier
La chasse aux têtes, scènes d’un voyage à Bornéo sur Wikisource (récit de voyage publié en 1863)

* Je n’ai trouvé de sources que sur les sites de voyage et quelques blogs, du coup, je ne parierais pas ma tête sur cette info!

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